Charlottever

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Une erreur de la nature ?

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Parce que l’abeille n’aimait pas butiner, on l’a condamnée à l’exil.
Le chat n’était pas carnivore, on le croyait débile.
Au chien, il manquait une patte alors on l’abandonna.
Une souris sans poil faisait peur à tous les rongeurs. Des pires quolibets on l'accablait alors pour ne pas mourir de chagrin elle a quitté la colonie.
Le petit oiseau qui n’aimait pas voler a été renvoyé. Plus de béquée. Tu iras seul chercher à manger.

En remontant l’allée, je remarque ce drôle de petit groupe. Je me cache et les observe. Ils ont organisé un colloque.
Le ton est sérieux. A-t-on jamais vu pareil rassemblement? Je ne bouge plus, captivée, j’écoute.

le chien :
-L’acceptation de nos différences garantit l’estime de soi. Bien-sûr elles provoquent un rejet de la part de l’autre. Celui de nos proches aussi parfois . Le manque d’affection, voilà ce qui est terrible. On manque d’Amour. La solitude devient notre plus grande amie. La douleur ne nous lâche jamais la main.

le chat:
-Mais, tu es bien bavard toi qui n’aboie jamais. Pourtant, je dois bien reconnaître que tu as raison. Je crois simplement que cette douleur permet d’accéder au désir. En premier lieu, la recherche du bonheur, de notre bonheur. Je suis optimiste par nature et je retombe toujours sur mes pattes.

-Je sais très bien qu’il va falloir apprendre à vivre avec ce manque. C’est ce qui nous permettra d’affronter nos différences. Mais tout de même, quelle corvée ronchonna le petit cochon au corps d’Apollon qui venait d’entrer dans la ronde. On me donne à manger et jamais je ne grossis. Je suis la honte de la porcherie.

- Quand le manque devient trop insupportable, je me sers d’un objet transitionnel pour me reconstruire reprit le chat. Je prends ma souris en caoutchouc et je la tords dans tous les sens, je lui fais mal. Quand elle n’a plus de forme, je m’applique à la remodeler. Je canalise ainsi ma colère.

le chien à nouveau:
-Je ne sais pas s’il s’agit d’un mal nécessaire ? Moi, pour accepter mes différences et pouvoir enfin construire quelque chose, je me suis souvent retournée vers cette colère. Je sais qu’elle est mauvaise conseillère mais elle m’a aidée à tenir, à connaître mes limites aussi. J’ai fait peur à des tas de gens en aboyant, en montrant les crocs comme ça sans raison. Finalement, je n’ai fait qu’attiser leur propre peur et leur haine aussi. La colère m’a aveuglé l’espace d’un instant, mais, j’y vois mieux maintenant.

- J’ai cessé d’être en colère et d’éprouver de la haine quand j’ai cessé d’avoir peur. Je suis allée vers l’autre. Pas celui qui me repoussait même s’ils étaient les plus nombreux mais celui qui m’acceptait. L’amitié est un palliatif durable. J’ai repris confiance. J’ai même pris des risques, moi le petit oiseau, en tombant du nid.

-Moi, ma différence est physique et je sens les regards. La question d’un enfant passe encore, mais le regard dur d’un adulte me fait me sentir mal. Il pense: " tu ne devrais pas être là ". Si l’enfant finit par m’accepter l’homme jamais ! J’ai longtemps voulu gommer ma différence mais c’était peine perdue. Les poils ne repousseront pas et il n’existe pas de manteau pour petit rat. Alors, j’ai décidé de m’accepter telle que je suis dit la souris. Quand mes congénères observent ma peau noire, ils désespèrent et c’est tant pis.

-Mes parents affirment que ce qu’un être déteste le plus quand il rencontre quelqu’un de différent, c’est l’image qu’il lui renvoie de lui même. Elle fait peur, met mal à l’aise et tout un chacun refuse bien souvent de la reconnaître et de l’accepter. Encore cette satanée peur. Et puis, n’éprouvent-ils pas un peu de culpabilité aussi? demanda l’oiseau.

-Tu sais, ce n’est pas facile lors des championnats de récolte de pollen de finir éternellement dernier dans cette société où l’on prône l’excellence affirma posément l’abeille.

-On vénère tout autant la beauté et mon corps nu, personne ne le trouve sexy dit la petite souris en rougissant.

Je ne suis pas restée plus longtemps car je sentais l’émotion m’envahir. J’aurais voulu leur dire que chez moi, il y avait de la place pour eux tous. On n'était donc pas plus aimable au royaume des animaux. Je venais d’entendre leur souffrance et c’était moi qui avais mal maintenant.

De leurs différences venait de jaillir une incommensurable richesse. Celle de l’acceptation de l’autre quoi qu’il advienne, quoi qu’il fasse ou ne fasse pas d’ailleurs. Quelle formidable idée que de tout partager, le bon comme le mauvais.



10/11/2014
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