Charlottever

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La vie est une orange, en voici un quartier

Christiane et  Jeff formaient un très beau couple. Enfin c’est ce que leur entourage pensait. On les disait « mariés » pour la vie.

Ils avaient trois enfants.

Le petit dernier qui se nommait Ben avait eu un jumeau  durant quelques semaines.

Mais, un méchant virus avait eu raison de ce gentil bébé !

Cela avait été très dur à surmonter mais le gentil  petit couple tenait le coup.

Jeff travaillait au sein de l’armée. Un travail assez tranquille qui lui correspondait tout à fait.

 Il était chez lui tous les jours à 17h30.

Ils avaient acheté un pavillon dans un quartier très tranquille de la ville, ils s’y sentaient bien.

 Jeff  jouait aux boules tous les dimanches avec les copains.

L’école des enfants était toute proche.

Le travail de Christiane se situait à 1 kilomètre. Elle travaillait dans une clinique au service des prématurés.

Elle adorait ce qu’elle faisait même si parfois, poser une perf à de si petits bébés lui fendait le cœur. Elle préférait leur donner le biberon, les langer, les dorloter. Elle était très douce et avait énormément de patience. Se retrouver comme cela près des nourrissons en danger quand on a eu la malchance d’en perdre un, lui avait été salutaire. Elle faisait chaque jour de son mieux, tendrement, gentiment, calmement et de façon très professionnelle. Combien de fois avait-elle dû réconforter les nouveaux parents…trouver les mots, les apaiser.

Je l’ai toujours connue avec les cheveux châtains très clairs, presque blonds, coupés au carré.

Elle n’était pas très épaisse, très complexée par sa poitrine qui avait fondue comme neige au soleil depuis le dernier accouchement. Un sourire, toujours illuminait son visage.

Je la trouvais très belle !

Et le temps a passé. Les crédits dans l’armée diminuaient. Jeff décida de revenir à la vie civile.

Il devait pour cela reprendre les cours. Les écoles se trouvaient à Lille, à Bordeaux… La décision ne fut pas très facile à prendre.

Christiane accepta de bonne grâce en se disant qu’elle arriverait bien à gérer sa petite famille la semaine. Son mari la relaierait le week-end.

Les semaines lui paraissaient interminables au début. Puis très vite, elle commença à déchanter.

Les premiers gestes de son mari lorsqu’il rentrait le week-end étaient de lui donner le linge à laver puis de s’allonger devant la télévision. Il allait voir les copains de la pétanque, les voisins…il agissait en célibataire !

Elle patienta quelques mois, en se persuadant que c’était le changement, la nouveauté qui étaient responsables de son manque d’investissement auprès de sa famille le week-end.

Elle lui parlait des bonnes notes de Camille, du comportement irrévérencieux de Thomas et des difficultés scolaires sérieuses rencontrées par Ben, le petit dernier.

Elle aurait tant voulu qu’il gronde Thomas, qu’il aide Ben, qu’il félicite Camille…

Son mari était décidément bien égoïste ! Pourtant, il n’avait pas changé, il avait toujours été ainsi mais la fatigue et la solitude le lui faisait ressentir bien davantage.

Elle patienta encore deux ans.

Leurs amis les fuyaient maintenant car la moindre discussion se terminait en dispute.

Ils fuyaient leurs amis, parce qu’un couple à la dérive n’a pas envie  de sortir, de s’amuser, de partager, ou alors pas ensemble mais chacun de son côté !

Christiane avait maigri, son sourire se faisait timide. Elle avait arrêté de prendre des leçons de piano. Elle se laissait aller.

Le problème de certaines personnes lorsqu’elles sont malheureuses, c’est qu’elles vous ferment  leur porte. Elles ne décrochent plus le téléphone, elles ne répondent pas quand vous sonnez chez elles…elles ne veulent pas vous ennuyer avec leurs soucis …

Mais, c’est justement  parce que vous les aimez pour ce qu’elles sont, que vous aimeriez tellement les aider ! Mais, elles ne se laissent plus approcher !

Il restait encore une année à Jeff. Ce fût la pire de toutes.

Dès le début de l’année, il sépara les comptes bancaires, refit à neuf sa garde-robe. Il ne rentrait plus qu’une fois par mois.

Ce fût la goutte d’eau qui fit déborder le vase !

Christiane l’aimait toujours, mais elle chercha en ville un petit appartement. Il fallait qu’il change ! Elle allait lui, donner une leçon.

Elle fit donc les cartons, et quand il revint lui expliqua que vivre ainsi n’était plus possible. Elle l’aimait encore et elle ne reviendrait que s’il acceptait de refaire partie intégrante de cette famille. Le niveau scolaire de Ben, prenait l’eau et Thomas était devenu incontrôlable !

Jeff, dût prendre une chaise. Il resta assis un certain temps, sans parler. Elle lui avait juré qu’elle ne partait pas pour un autre homme, qu’elle n’avait pas d’aventure extra conjugale. D’ailleurs où aurait-elle pris le temps !

Il l’aida à déménager. Il n’y croyait pas !

Il dût se rendre à l’évidence lorsqu’il passa sa première nuit tout seul dans la maison. Les enfants avaient préféré rester avec leur mère.

Il rumina sûrement toute la nuit.

Au petit matin, il retourna la voir, ou plutôt l’épier.

Qui était le nouvel de sa vie ? Il ne trouva personne !

C’était les vacances scolaires alors chaque jour, il se présenta à l’appartement. Il trouvait des prétextes divers et variés.

Christiane décida de lui fermer sa porte tant qu’il n’aurait pas réfléchi à leur avenir. Elle voulait de vraies réponses, l’assurance d’un futur à deux, partagé !

Si ce jour là, il s’était mis à genou, en lui disant qu’il comprenait, qu’il avait « merdé » et que dorénavant il serait plus attentionné, elle aurait immédiatement rejoint la maison. Il l’aurait emmenée sur son  magnifique destrier blanc tel  le preux chevalier des contes de fées.

Oui, mais voilà, ici, point de fée, la réalité et de plein fouet !

En un quart de seconde, Jeff fit volte face. Il lui jeta toute sa colère au visage, lui reprochant tout et n’importe quoi. Drapé dans sa dignité de mâle, Il hurla qu’il allait demander le divorce.

Il ajouta : «tu le regretteras,  tu en crèveras ! »

Les années qui suivirent  furent toutes  aussi pénibles. Le divorce fut long.  Jeff ne ménagea pas ses efforts afin que Christiane obtienne le minimum d’argent sur la maison ainsi qu’une pension alimentaire ridicule…

Il vivait avec une femme beaucoup plus jeune et un bébé avait pointé le bout de son nez. Un second était en route.  Il l’avait connue alors qu’il étudiait. Elle était de la même promo.  Cela expliquait le renouvellement de la garde-robe sans doute !

Dans un premier temps, Christiane fut dépouillée. Elle n’obtint que 20% sur la vente de la maison. Pas de quoi se racheter un nouveau petit nid ! La pension alimentaire était très basse elle aussi. Thomas avait pris un studio en ville. Son père payait le loyer et pour le reste il se débrouillait. Restaient  Ben et Camille. L’adolescente  gardait des enfants, donnait des cours. Camille avait toujours été très indépendante. Elle soutenait sa mère du mieux qu’elle pouvait même si parfois elle avait envie de prendre l’air !

Ben n’était plus accepté dans le cursus scolaire « normal » ! Christiane allait d’école en école, afin de rencontrer un directeur complaisant, qui accepterait son fils. Il était petit et mince. On ne pouvait le mettre dans une filière technique, il était trop malingre son tout petit. Elle se battait contre des moulins à vent, la femme de la Mancha ! Heureusement pour elle, elle rencontra une directrice compréhensive qui  accepta Ben. L’école était privée et payante mais elle trouverait l’argent.

Cette recherche l’avait épuisée.

On lui conseilla de se faire plaisir et de prendre un amant ! Personne n’aime être seul !

Elle devait sortir, voir du monde.

Ce qu’elle fit …

Elle rencontra bientôt un bel homme attentionné, érudit, souriant …elle tomba sous le charme.

Cette relation serait épisodique mais lui permettrait  de reprendre des forces, de penser un peu à elle.

Et Christiane, bien qu’elle se l’était interdit tomba très vite amoureuse, sans trop d’illusion pourtant. Leur  histoire dura quelques mois, elle remontait enfin sur son nuage !

 

Jusqu’à ce coup de téléphone !

Don Juan avait une épouse. Il collectionnait les maitresses et elle était tombée dans le piège !

Elle se laissa choir  sur le canapé. Les yeux étaient hagards, pas une larme ne coulait. Sans réfléchir elle alla dans la salle de bain, avala des dizaines de cachets. C’en était trop…, bien plus qu’elle ne pouvait en supporter.

Camille se fâcha aussi avec son petit ami ce jour là et rentra beaucoup plus tôt que prévu à la maison.

Elle appela le samu immédiatement !

La dépression dura très longtemps mais Christiane s’en remit. Elle se dit qu’il existait plus malheureux qu’elle sur terre. Elle avait un travail, des enfants qu’elle ne devait plus décevoir.

Une bonne nouvelle ne tarda pas à arriver ! La révision du procès lui donnait  droit à 50% du montant de la vente de la maison. La pension alimentaire était revue à la hausse. C’était Noël  en plein mois de septembre.

Un nouveau déménagement s’imposait. Christiane allait redevenir propriétaire ! Elle demanda une mutation à l’opposé de la ville.

Elle effaçait tout, elle mettrait du blanc sur les murs et du rose dans sa vie.

 

Ce fut très dur pour nous  d’accepter qu’elle rompe avec son passé.

Elle faisait partie de notre vie, et après ce coup d’éponge, plus jamais nous ne la reverrions.

Nous avons pourtant  respecté ses désirs. On l’a laissée s’en aller.

Après tant d’années, elle me manque encore parfois.



01/05/2013
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