Charlottever

Charlottever

Simulâcre

Voilà, il lit le journal, il écoute la radio! Il se promène seul sur ce trottoir qui le ramène chez lui! Aujourd'hui, jour de relâche, il a revêtu un jean, des baskets, un polo! Son blouson de cuir lui donne un air jeune et terriblement séduisant. Et pourtant aujourd'hui comme tous les autres jours, il rentre seul!

La cinquantaine depuis quelques mois, un métier plutôt bien payé! Des activités sportives, ludiques…Dan est quelqu'un d'équilibré, d'accompli même! Bien dans sa tète, droit dans ses bottes! Mais, il est seul!

Le matin lorsqu'il se lève, il n'a plus de désir! Il se dirige vers la salle de bain, prend une douche. Il ne se rase que tous les trois jours. Il prépare ses vêtements la veille pour ne pas avoir à se poser de question le matin avant  le café, seul excitant parvenant à le réveiller!

Sa sœur est décédée l’an dernier. Elle était plus âgée. Ils ne communiquaient pas sur leur vie personnelle, parlaient de la pluie et du beau temps, de la société qui “fout” le camp… Ses parents ne sont plus présents non plus. Ils sont partis à quelques mois d'intervalle. Maman ne pouvant supporter l'absence de ce grand gaillard qui l'avait tant aimée et protégée. Elle est la preuve que l'on peut mourir d'Amour!

Il a été marié plus de dix années. Chaque jour, il se demandait ce qu’elle pouvait bien lui trouver. Mais, il était tellement heureux de pouvoir afficher un visage rayonnant tout au long de l’année. Elle était tellement jolie ! Il aurait du se méfier! Il pensait qu’il allait pouvoir la garder toute sa vie. Elle était la raison de se lever le matin, son rayon de soleil, la pile de son cœur. Elle représentait à elle seule le mot bonheur! Mais, il avait oublié que s’il avait eu un véritable coup de foudre pour Sofia, cela pouvait également lui arriver à elle, au détour d’une rencontre…aussi fortuite soit-elle ! Il pensait être le mari « idéal » enfin celui qu’elle souhaitait, mais toutes les petites attentions, les gentillesses qui l’animaient chaque jour n’avaient su résister au grand brun qui était venu la chercher. Elle s’était beaucoup excusée ! Prétextait que cela n’était qu’un coup pendable du destin! Qu’elle n’avait rien provoqué, qu’elle avait essayé de lutter…Il s’était effondré!

Pendant quelques semaines, il n’avait réussi à contenir ses larmes. La détresse était réelle ! Parfois, quand il marche le soir, seul, sur le trottoir, il se dit qu’il aurait peut-être du enjamber le balcon et se laisser tomber…mais une petite voix intérieure lui demande d’être patient, de garder espoir. Alors, il renonce à l’oubli éternel et accepte de souffrir encore un peu si au bout du compte on lui promet qu’il ira mieux. Il s’occupe comme il peut mais même au milieu des autres, il est malheureux. Alors, fatalement, il erre comme une âme en peine, une ombre, un fantôme que personne ne remarque jamais.

Il ne pense plus à Sofia car il s’est fait une raison, il pense juste à la solitude qui lui pèse chaque jour un peu plus.

Tous ses gestes quotidiens, lui rappellent qu’il est seul ! Il mange face à une fenêtre un repas pour une personne, fait la vaisselle, lave son linge, le repasse. Il est devenu une véritable petite fée du logis ! Au cinéma, dans la rue, sa main reste désespérément vide, pas une épaule pour poser sa tète, pas une bouche sensuelle à embrasser, pas de corps à caresser…                Il aimerait pourtant se disputer pour choisir un programme à la télévision…dire qu’il n’est pas d’accord pour aller se balader maintenant parce qu’il voudrait finir son roman… Mais ce n’est pas le chat qui lui dira cela !

Depuis quelques temps, il s’est inscrit au badminton. Ils sont très nombreux. Hommes et femmes se rencontrent. Ils jouent souvent en double ! C’est un sport très fatigant mais l’esprit  est bon enfant et il a besoin de ce contact avec l’autre. Il regarde beaucoup Mimi, une jeune femme pétillante qui sourit tout le temps depuis quelques entrainements. Il la trouve charmante et ce soir, sur le trottoir, il se motive pour trouver la force d’aller lui parler.

L’entrainement est à 20h30. Il a un petit nœud au ventre. Cette sensation lui donne l’impression d’être à nouveau vivant. Les pulsations de son cœur s’accélèrent  au fur et à mesure que l’heure approche. Il transpire, il a chaud, il a froid…et il aime cela !

IL arrive à la salle avec presque quinze minutes d’avance. Mais Mimi ce jour là est en retard. Durant toute la séance, il ne la quitte pas des yeux. Elle a l’air généreux, sensuel…vrai, tellement vrai ! Notre héros serait-il en train de succomber ?

A la fin de l’entrainement, tout hésitant, il se dirige vers elle. Elle le regarde avec de grands yeux verts qui traduisent sa gentillesse. Il bredouille un peu mais se reprend très vite. Mimi  nullement surprise lui répond par l’affirmative. Elle sera demain à 19 heures au café de Paris. Elle veut bien boire un verre en sa compagnie.

Que cette journée sera longue…

Le lendemain, Dan se surprend à siffloter sous la douche ! Un sourire illumine son visage. Il se trouve beau et cela ne lui était pas arrivé depuis très longtemps. Le rêve de cette nuit était érotique ! Il n’en faisait plus depuis longtemps et ce matin, son sexe avait lui aussi une toute autre allure !

Tout au long de la journée, il lui sembla avoir retrouvé une apparence humaine ! Il disait « bonjour » et on lui répondait ! Il marcha en regardant droit devant lui, la dignité avait regagné son corps.

Il fut bien évidemment en avance de quinze minutes ! Il attendit Mimi à l’extérieur. Comme toute femme qui se respecte, elle arriva avec vingt minutes de retard ! Il était transi mais il l’accueilli avec le plus beau des sourires !

Ils prirent place l’un en face de l’autre. Aucun des deux ne paraissait être mal à l’aise. Ils parlèrent de sport, puis, tout naturellement de leur quotidien. L’heure avançant, ils mangèrent ensemble. Elle le quitta vers vint-deux heures. Ils échangèrent leurs numéros de portable et se promirent de se revoir très vite.

Et effectivement, durant quelques semaines, chaque vendredi soir, ils se virent. Peu avant pâques, Dan lui dévoila ses sentiments et l’embrassa. Elle lui rendit son baiser mais resta silencieuse quant à son cœur. Elle accepta tout de même un rendez-vous chez lui la semaine suivante.

Dan rêvait maintenant régulièrement de mimi. Il voulait la picorer, gouter la douceur de sa peau, sentir le parfum de ce corps qu’il aimait déjà.

Quand elle arriva le vendredi, elle était superbe. Il avait préparé le repas. Un diner enfin, pendant lequel il allait pouvoir ignorer cette maudite fenêtre ainsi que le regard du chat!

Tout se déroula comme dans un rêve. La pudeur m’empêche ici de vous dévoiler l’attirance de leurs corps enchainés l’un à l’autre pendant quelques heures…mais il s’agissait bien d’amour, de fougue, de passion…Ils se séparèrent à regret un peu avant minuit.

Il resta là, sur le lit, à se remémorer les dernières heures…puis, s’endormit doucement, nu, dans l’odeur de l’autre…

Le réveil fut enchanteur. L’envie de vivre était revenue ! Il ne se reconnaissait plus.

Vers midi, elle l’appela. Elle souhaitait lui parler au plus vite. Il partit aussitôt la rejoindre au café de Paris.

Il arriva après elle. Elle était déjà là, les yeux rougis. Il prit peur.

Elle lui expliqua qu’elle n’était pas libre mais que son attirance pour lui était réelle. Qu’il fallait lui laisser du temps afin de pouvoir expliquer à son mari qu’elle désirait le quitter.

Il ne lui laissa pas l’occasion de finir son explication. L’histoire se renouvelait ! Il avait tellement souffert qu’il était aujourd’hui hors de question qu’un autre être humain quel qu’il soit traverse l’enfer qui avait été son quotidien ! Il prit ses mains dans les siennes, la regarda tristement, lui reprocha son omission car elle était de taille. Il lui raconta ses dix dernières années afin qu’elle puisse comprendre ses motivations.

Elle baissa les yeux. Il lui sembla qu’elle était soulagée. Empêtrée dans ce mensonge au quotidien, comment avait-elle pu croire que leur Amour perdurerait ? C’est simplement humain. Portée aux nues, elle a eu envie de croire, envie d’y croire ! Son couple qui jusque là lui convenait très bien, est devenu en l’espace de quelques heures une prison et même dorée, elle ne voulait plus l’accepter. Son cœur a pris le pas sur la raison et voilà…comment faire machine arrière, comment vivre ensuite avec un secret tel que celui-là ?

Cette histoire n’est pas la mienne, elle ne condamne pas la passion, car personne n’est à l’abri d’un coup de foudre ! Mais,  elle exècre le mensonge ! On ne construit rien de beau à partir d’un simulacre, d’un boniment, d’une contrevérité, d’une imposture, d’une invention,  d’une tromperie, d’une sournoiserie, d’un bobard, d’une fable, d’un craque…tant de synonymes pour cette vilenie…



01/05/2013
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